Les Levées

Les levées sont les digues érigées le long du cours mineur de la Loire pour protéger les riverains des crues de celle ci. Leur profil a évolué au cours des siècles amenant une augmentation de leur hauteur dans le but, qui s’est avéré illusoire, d’interdire aux eaux de la Loire d’inonder les terres riveraines quel que soit le niveau atteint par les crues.

Ce constat n’est pas celui de l’inutilité des levées mais entraîne une reconsidération de la manière de concevoir leur rôle. www.replicaoakley.net

Cette politique appuyée sur diverses études peut se résumer comme suit: www.replicaoakley.net

_ Définir le niveau de protection à atteindre en fonction des intensités prévisibles des crues sachant que la protection lors d’ événements exceptionnels (crues 1856 1866) n’est pas envisageable.

_Prendre les mesures d’entretien, réparation, renforcement, nécessaires à l’atteinte de ces objectifs. replica-watch.org

_Définir les points d’action prioritaires en fonction des enseignements fournis par les études menées sur l’état des levées (étude de danger), des contraintes structurelles (zones de forte densité urbaine ….) , des budgets disponibles.

_Coordonner ces actions particulières avec les départements voisins ainsi que les différents organismes impliqués.

Enfin, et ce point n’est pas le moins important, inscrire l’action sur les levées dans un cadre global de gestion du lit de la Loire en menant une politique de facilitation de l’écoulement des eaux dans celui ci. Ce point essentiel fera l’objet d’une étude par ticulière.

Profil en coupe

Les levées ont été construites par entassement successifs de couches de matériaux puisés à proximité de leur implantation et donc déposés par la Loire . Colbert avait imposé une rolex replica swiss norme de 30° pour les pentes des flancs de celles-ci pour établir un rapport largeur/hauteur donnant une bonne stabilité aux ouvrages cette configuration a depuis été modifiée par les rehaussements apportés aux levées.

Le point essentiel à retenir est que la résistance des levées à la pression de l’eau réside dans leur masse et donc dans l’intégrité de leur structure .

Des renforcements ou protections supplémentaires ont été apportés sur certains tronçons :

  • Implantation de pieux en bois en pied d’ouvrages pour empêcher le glissement ou l’écroulement de ceux-ci dans le lit du fleuve.

L’ abaissement du niveau des eaux du aux dragages du sable a causé la mise hors d’eau des pieux les exposant au pourrissement à l’air libre .

  • Enrochement des bas de digue côté lit mineur protégeant ceux-ci de l’érosion due au courant.

  • En certains endroits couverture du flanc de levée par un revêtement de pierres( perrée ).

Le sommet des levées sert en majeur partie de voie de circulation pavée ou dotée de revêtement. Il est bordé côté lit mineur par une banquette d’une cinquantaine de centimètres de haut à l’origine [ 1m en certains endroits] . L’entretien très variable, voir inexistant, de ces banquettes laisse à douter de leur utilité .

Enfin , côté lit majeur et mineur , des chemins d’entretien permettent la tonte de la végétation des flancs de levée mais aussi , chose importante pour la sécurité , la surveillance de l’état de l’ouvrage.Cette configuration n’est hélas pas généralisée et son extension se heurte aux problèmes générés par l’acquisition des terrains nécessaires.

Profil en long des levées

Les levées suivent le cours de la Loire d’amont en aval encore faut il que, sur la longueur , leur hauteur soit adaptée au niveau de crue à contenir. Tout abaissement ponctuel du niveau de la crête de levée en dessous de celui de la crue entrainera un phénomène de surverse causant une rupture de l’ouvrage synonyme d’inondation. Pour le val de Brehemont deux points bas sont répertoriés dans le secteur de Rupuanne :

Histoire des levées

La Loire premier fleuve navigable français, avec un vaste bassin le plus naturellement fertile, mais aussi le plus fréquemment exposé aux inondations, ce fléau des richesses qui en étaient le produit et des populations attirées par cette fertilité.

Très tôt le besoin de défendre les terrains cultivés et habités contre les inondations fit naître le besoin de construire des petites digues, sous le nom de turcies.

Au XIIe siècle, après une grande crue de la Loire en 1150, Henri II, roi d’Angleterre et comte d’Anjou, fait construire une digue longue de trente milles environ, au fil du temps tous les successeurs suivent l’exemple en construisant de nouvelles levées, renforcent et exhaussent les anciennes.

Ainsi les turcies et levées finissent par s’étendre presque sans interruption depuis Gien à Angers.

Une succession de grandes crues de 1608 à 1649, notamment en 1615 crue du siècle et celle de 1629 la plus catastrophique. Les effets principaux c’était toujours l’ouverture de nouvelles brèches dans les digues et l’irruption par ces brèches de torrents dévastateurs.

Suite à ces effets dévastateurs, il est admis l’impossibilité de contenir les plus grandes crues du fleuve, entre des digues insubmersibles il est prescrit d’ouvrir dans les levées des « déchargeoirs » afin d’éviter les brèches dans les digues. Ces déchargeoirs seront ultérieurement renommés « déversoirs »

Colbert lance un programme en 1668 qui a multiplié et renforcé les digues pour les rendre insubmersibles. Mais la hauteur plus grande des levées amplifie la puissance des crues. Arrivent les crues catastrophiques du XVIIIe siècle, 1707, puis 1709, novembre 1710 et février 1711, où les ponts médiévaux qui n’étaient pas prévus pour un étiage des eaux aussi élevé (plus de 6 m ) subissent des dommages considérables.

La fin du XVIIIe siècle, les digues sont surélevées de deux mètres, ce qui constitue une coupure entre le Val et le Fleuve.

Après la révolution, on pense que la protection des vals est assurée, la préoccupation du pouvoir est plutôt axé sur la navigation de la Loire. Un service de la navigation est créé.

La confiance dans la solidité des levées est d’ailleurs telle que le chemin de fer d’Orléans à Tours emprunte le val de Cisse.

La crue de 1846 rappelle à tous que les levées ne sont pas indestructibles.

Celle de 1856, encore plus dévastatrice du bec de l’Allier à Nantes, provoque 160 brèches, d’une longueur totale de 23 kms et inonde 100 000 hectares.

L’Administration prend conscience des erreurs du passé et l’Ingénieur COMOY démontre les effets pervers de l’endiguement excessif qui augmente le débit maximum, qui au lieu de protéger la population, la met en danger par les risques de rupture.

Dans la décision du 30 juillet 1862, une des solutions préconisées consistant à élargir le lit endigué, projet irréalisable puisqu’il suppose que l’on recule les digues existantes.

La construction des déversoirs paraît difficile, car les vals sont habités.

La nouvelle crue de septembre 1866 précipite les décisions. L’Ingénieur COMOY doit réviser dans l’urgence son programme de 1867 de travaux en envisageant la construction de vingt déversoirs.

Mais, l’hostilité des riverains est très forte, et seuls sept des vingt déversoirs prévus sont exécutés entre 1870 et 1891.

Au bilan du programme de 1867, six déversoirs sont construits : Ouzouer, Jargeau, Avaray, Montlivault, Chapelle-aux-Naux et Vieux Cher. La construction des autres déversoirs sont abandonnés.

Après 1960, la préoccupation énergétique va jouer un rôle majeurs dans l’aménagement du bassin de la Loire.

En 1970, un programme général de renforcement des levées de la Loire associe l’Etat, les Régions, les Départements et les Communes, consistant à améliorer la stabilité des digues.

Actuellement les programmes se poursuivent dans le cadre du Plan Loire Grandeur Nature depuis 1994

Les causes de fragilisation des levées

Les levées ne peuvent assurer notre protection que si leur résistance structurelle n’est pas amoindrie .Les principaux facteurs de fragilisation sont :

  • La végétation ligneuse : arbres, souches orphelines

  • Les animaux fouisseurs

  • Les conduits traversants

  • Les habitations enclavées dans les levées

Arbres et souches orphelines

Les arbres croissant sur ou au pied des flancs de levée développent un important réseau de racines dans le corps de celle-ci. Toute chute de ces arbres lors de la montée des eaux , sous la pression du vent, provoque un arrachement de la souche créant un trou important qui peut entraîner l’effondrement à court ou moyen terme du flanc de levée facilitant ou amenant la formation d’une brèche.

La dérive des arbres dans le lit mineur [ ou majeur lors d’une inondation] lorsqu’il sont emmenés par le courant représente un danger non négligeable pour les ouvrages d’art notamment [ embâcles ]

Plus insidieux est le danger du aux souches dites orphelines. Celles-ci résultent de l’abattage d’arbres dont les souches sont laissées en place. Ces souches pourrissent sur place, leurs racines en se décomposant forment un réseau d’infiltration d’eau générant des poches d’affaiblissement de la résistance de la structure qui se cachent au sein même de l’ouvrage.

La neutralisation de ces dangers nécessite deux actions principales :

– Travaux d’arrachage et de dessouchage qui mobilisent d’importants moyens car ils imposent de creuser dans le cœur de levée pour éliminer les racines puis de reconstituer celle-ci . S’ajoute à cela la difficulté de repérage des souches orphelines et les contraintes budgétaires.

– Un entretien régulier des flans de levées empêchant le développement sur ceux-ci des végétations indésirables. Cet entretien est actuellement réalisé essentiellement par des moyens mécaniques qui ont remplacé le pacage et l’entretien manuel autrefois pratiqués.

– Remarquons que ces actions soulignent l’importance des chemins d’entretien qui, au pied des levées , permettent leur réalisation

Animaux fouisseurs

– Les blaireaux : Ces animaux protégés creusent leurs terriers côté Sud de la Levée de la Loire. Les excavations ainsi creusées peuvent atteindre un volume de 2 à 3 mètres cube, leur paroi côté fleuve faisant souvent moins d’un mètre d’épaisseur. Ces terriers, dont l’élimination nécessite un important travail de terrassement et de comblement, constituent un facteur de rupture majeur.

– La pause de filets sur les flans de levées interdisant aux blaireaux de creuser leurs terriers sur ceux-ci constitue un moyen de protection. Il semblerait que la suppression de végétation importante en pied de levées diminue la probabilité d’installation des blaireaux.

– Les ragondins : Le ragondin parfaitement aquatique vit en bordure d’eau où il creuse un terrier de plusieurs mètres le long des rives .De telles installations minent les levées à leur base. Ils n’ont pratiquement pas de prédateurs naturels dans nos régions.

– Les rats musqués : Ils apprécient les rives escarpées , une surface plane leur fait craindre l’écrasement de leurs terriers, cette particularité ajoute encore un point à l’utilité des voies d’entretien le long des levées. Un rat musqué peut déplacer jusqu’à un mètre cube de terre par an. Ils n’ont pratiquement pas de prédateurs naturels dans nos régions.

– Tous ces animaux minent les levées côté lit majeur et lit mineur lorsque leur densité démographique est importante ils peuvent créer de graves risques de fragilisation des ouvrages. Leur éradication n’est ni réaliste ni souhaitable mais la régulation des colonies, aussi difficile soit-elle à atteindre, doit être incorporée au catalogue des mesures de protection des levées.

Les conduites traversantes

Les levées sont traversées sur certaines portions par des conduits de service [évacuation des eaux à hauteur d’agglomérations par exemple] . Leur mauvais état, le non fonctionnement des clapets anti retour présenteraient autant de facteurs menaçants en cas de crue. Ce problème peut être assez facilement traité pour les conduits répertoriés dont les emplacements sont connus ainsi que leur usage mais il n’en est pas de même pour celui des conduites oubliées qui constituent un danger latent.

Les maisons enclavées

Ces maisons incrustées ou appuyées sur la structure des levées font partie des facteurs fragilisant des levées en particulier celles qui sont inoccupées voire en ruine. Le traitement de leur cas semble devoir être épineux.

[La rumeur dit que certains auraient même creusé une cave dans la levée!!!!!!!]

 


 

Niveau de protection de sûreté

Le niveau de sûreté se définit comme le niveau d’eau dans le cours d’eau au-dessus duquel la probabilité de rupture de l’ouvrage n’est plus considérée comme négligeable.

Le niveau de protection est le niveau d’eau dans le cours d’eau au-dessus duquel la zone commence à être inondée sans rupture préalable de la digue, par débordement au-dessus du sommet de la digue ou par un déversoir.

La notion de sûreté renvoie au risque de rupture, la notion de protection à la surverse. Dans un système d’endiguement parfaitement fiable, le niveau de sûreté est supérieur ou égal au niveau de protection. Cela revient à dire que la rupture avant surverse est improbable. Le risque de rupture n’apparaît que lorsque le lame d’eau débordante atteint une hauteur significative ou, dans le cas de digue équipée d’un déversoir, que ce dernier a atteint sa capacité maximale.

Dans le cas des digues de la Loire, le risque de rupture avant surverse ou avant fonctionnement des déversoirs ne pouvant être considéré comme négligeable, le niveau de sûreté est généralement inférieur au niveau de protection.

Pour ne pas entretenir l’illusion d’une protection efficace pour un tel niveau dans le Fleuve, on parlera alors plutôt de niveau de protection apparent. Le niveau de protection réel sera en fait dans ce cas assimilable au niveau de sûreté, inférieur à la crête de la digue



Fonctionnement des déversoirs

Un déversoir est une portion de levée installée en un endroit déterminé et dont la structure est renforcée pour résister à la surverse qui  la couvrira lors de sa mise en fonctionnement. Cette portion d’une hauteur inférieur à celle de la levée est coiffée d’un « fusible » appelé à sauter lors de la mise en oeuvre du déversoir lors d’une crue.

L’effacement du fusible provoque l’inondation du val qui est situé en aval du déversoir mais permet l’écrêtement du niveau de la crue en aval et donc la diminution du risque de rupture des levées par surverse ou par la poussée des eaux. La rupture des levées entraine en général un arasement de celle-ci jusqu’au niveau du sol du val et l’épandage des matériaux sur des sols cultivés et des destructions dues à la violence de l’écoulement des eaux lors de la rupture.

A son ouverture le déversoir le permet une inondation plus « douce »  du val donc moins destructrice et lors de la décrue du fleuve par son seuil surélevé d’arrêter l’inondation du val plus tôt que dans le cas de rupture de levée qui abaisse le seuil de celle-ci au niveau du sol.